21.12.2007

L'enseignement privé hors contrat connaît un regain d'intérêt

L'enseignement privé hors contrat connaît un regain d'intérêt    AFP 21 décembre 07

S'il reste évidemment marginal, avec 45.000 élèves sur 12 millions, l'enseignement privé hors contrat connaît un certain engouement de la part de parents déçus de l'Education nationale ou soucieux que la scolarité de leurs enfants soit cohérente avec leur manière de les élever.

L'enseignement privé sans contrat d'association avec l'Etat, c'est-à-dire qui recrute et rémunère lui-même ses enseignants, scolarise aujourd'hui 14.000 élèves à l'école primaire (0,22%) et 30.800 élèves dans le second degré (0,5%), selon le ministère de l'Education nationale.

Très régulièrement inspectées par l'Education nationale, ces écoles, comme l'instruction à domicile, sont tenues de répondre à l'obligation scolaire, de respecter les normes d'hygiène et de ne pas mettre en danger les enfants.

Leur très petit nombre et le fait qu'à l'exception des écoles purement confessionnelles la plupart des élèves n'effectuent pas la totalité de leur scolarité dans ces structures font que cette liberté de déroger à l'Education nationale dérange peu ses acteurs, lorsqu'on les interroge sur le sujet.

"Avant, les écoles indépendantes étaient cantonnées à des milieux plus réduits, par exemple parce qu'on tenait à une éducation religieuse très stricte", explique cependant à l'AFP Anne Coffinier, une diplomate, normalienne et énarque, militante du "pluralisme" scolaire.

"Aujourd'hui, c'est autre chose, les parents sont déçus par le délitement de l'Education nationale, y compris sous contrat, et veulent s'impliquer plus dans l'éducation de leurs enfants", ajoute cette mère de trois enfants, qui a fondé en 2004 l'association "créer son école".

De fait, si la communauté sikh de Seine-Saint-Denis a ouvert un complexe éducatif à Bobigny à la rentrée dernière, c'est pour accueillir les lycéens contraints de quitter l'enseignement public dans lequel ils ne peuvent garder leur turban, en vertu de la loi du 11 mars 2004 sur la laïcité, et non pour dispenser un enseignement religieux.

Mme Coffinier, qui s'est lancée dans l'aventure pour "faire connaître" le droit de tous à ouvrir une école, mais aussi pour aider parents et professeurs à mener concrètement leur projet à terme, assure que dans une pièce d'appartement, un garage ou un bâtiment dédié, selon les moyens du bord, "une vingtaine de structures se créent par an". Pour cela, les parents versent environ 150 euros mensuels au primaire, 250 dans le secondaire.

Trop peu pour tenir la durée mais les dons affluent. "Plus ça va, plus les gens sont acquis à cette idée de pluralisme", commente Mme Coffinier.

Sans autre règle que le choix de leurs créateurs, les écoles peuvent établir un tableau d'honneur, imposer le port de la blouse ou pratiquer des horaires libres. Certaines, comme Montessori et Steiner, très célèbres, pratiquent des pédagogies différenciées.

Ni programmes, ni manuels, ni horaires, auxquels l'enseignement public ou privé sous contrat se plie mais le souci de "donner le goût aux enfants, l'envie de faire des études", s'enorgueillit Mme Coffinier.

Pour cela, des enseignants, parfois déçus de l'enseignement public, de jeunes mères de famille, voire des passionnés reconvertis "acceptent la pauvreté", ajoute-t-elle.

L'association a même créé cette année un institut libre de formation des maîtres (IFLM), qui délivre un "diplôme privé de maître d'école", après deux ans conjuguant expérience de terrain et cours théorique notamment d'histoire et de philosophie de l'Education.


podcast