16.02.2008

11200 postes supprimés 7200 pour Paris Versailles Créteil

 
Cet article de Libération est presque froid . C'est un constat.
Et il n'y a pas que les ZEP  qui sont touchées...
 
Qui propose quoi ?
 
 

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19.01.2008

Suppression de postes à Créteil: 637 !

637 postes de profs en moins dans l'académie de CRETEIL ...ET pour Paris tout va bien ,,,????

 

Les syndicats enseignants dénoncent les suppressions de postes prévues dans les collèges et lycées à la rentrée prochaine.

LA PRESSION monte entre les syndicats enseignants et le rectorat de l'académie de Créteil ( Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne, Val-de-Marne). Plusieurs d'entre eux ont boycotté hier le comité technique paritaire académique (CTPA), qui officialisait les moyens attribués l'an prochain. 637 postes seront supprimés dans le second degré (collèges et lycées), contre 432 l'an dernier.

Une quarantaine d'enseignants, venus des trois départements, se sont réunis au pied du rectorat de Créteil en attendant leurs délégués : « Cette suppression est une aberration, explique Jean-Michel Harvier, du Snes. Elle aggravera la situation de l'académie qui n'arrive déjà pas à assurer les remplacements... »

Plus d'heures supplémentares

Autre reproche des syndicats : « L'Education nationale préfère augmenter les heures supplémentaires (NDLR : 253 postes sont supprimés au titre de leur ventilation) et recruter des contrats précaires plutôt que d'embaucher des fonctionnaires, estime Matthieu Brabant, de la CGT-Educ'Action. On rajoute de la pression sur les personnels. On est dans une logique d'économie. »

Pour les chiffres départementaux, le rectorat renvoie à la tenue effective du CTPA, qui devrait finalement se tenir lundi prochain en présence des syndicats. Communication ou pas, la sonnette d'alarme a déjà été tirée dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis où le Snes prévoit 158 suppressions de postes, rien que dans les collèges (12 en Seine-et-Marne, 117 dans le Val-de-Marne).

Face aux reproches, le rectorat avance ses arguments : « Dans l'académie, on a une baisse démographique constante des effectifs du second degré. L'année prochaine on s'attend à 4 517 élèves en moins, explique Jean-Michel Blanquer, recteur. On ajuste les moyens en fonction des besoins. » La baisse du nombre de professeurs devant la classe ? « C'est faux ! rétorque-t-il. Le taux d'encadrement sera même légèrement meilleur que l'année dernière. Il y a ura notamment d'avantage de remplaçants. » Une augmentation minime puisque le pourcentage passerait de 3,8 à 4 % ! Aux critères quantitatifs, Jean-Michel Blanquer préfère les enjeux qualitatifs : « Nous y répondons avec une politique de soutien, de prévention de la délinquance... » Pas sûr que l'argument satisfasse les syndicats...
Anne-Laure Abraham
Merci      Le Parisien , vendredi 18 janvier 2008

 

 

15.01.2008

Le livre, un outil pour sauver tous ces élèves «sacrifiés»!

Le livre, un outil pour sauver tous ces élèves «sacrifiés»!


Le Figaro    15/01/2008

Par Alain Absire , écrivain, président de la Société des gens de lettres.

Le chagrin d'être cancre… Douleur et marginalisation du mauvais élève, tel est le point de départ de Chagrin d'école de Daniel Pennac. Au-delà d'anecdotes souvent savoureuses, un constat s'impose au fil des pages : la tentation est forte pour celui qui ne possède, au sortir de l'école, la clé de relations harmonieuses ni avec lui-même ni avec les autres de s'ex­primer par la violence, verbale ou physique.

En 2006, un Français sur quatre de plus de 15 ans n'a lu aucun livre, et 38 % des lecteurs lisent moins de dix livres par an (hors bande dessinée) contre 24 % en 1973 (1). La « génération Internet » vit dans l'immédia­teté. Le signe de plus en plus approximatif et l'image qui dé­file gratuitement sur tous les écrans, via le Web, l'emportent sur le sens. Quand l'extrait se substitue à l'œuvre, prendre le temps de l'analyse et de la ré­flexion indispensable à l'action ne semble plus nécessaire. Et ce­pendant, la renaissance de l'écrit est bien réelle. Chats, blogs, SMS, sites d'échange et de partage… on n'a jamais autant écrit ni au­tant lu. Mais, sans le livre, désacralisé, découpé et trituré à volonté sur la Toile, et sans les normes qu'il impose, l'écrit prolifère de façon anarchique.

Le résultat est préoccupant : comment s'intégrer dans notre société si le seul langage que l'on pratique est approximatif, codé et réservé à une nouvelle population d'illettrés qui écrivent pho­nétiquement comme ils parlent ? L e temps des «passeurs de li­vres». Face à la déferlante d'images préformatées, tellement ha­chées qu'elles ne laissent aucune latitude d'implication personnelle au jeune qui s'en abreuve, s'ouvre la voie de l'imaginaire où règne la liberté.

Pour l'explorer, en relation avec les Drac et les centres régionaux du livre, avec le soutien des collectivités locales et de l'Éducation nationale, il apparaît ur­gent de renforcer le réseau des médiateurs de proximité. Écoles, librairies, bibliothèques, associa­tions, maisons d'écrivain, relais sociaux,etc., toutes les énergies peuvent être fédérées, au profit de ce grand projet annoncé d'éducation artistique et culturelle autour du livre et de l'écrit.

Impliquer médiateurs du livre et créateurs sur le terrain, c'est assurer la transmission de repères culturels collectifs. C'est tisser le lien social, vecteur d'ex­pression orale commune, et de solidarité, qui nous manque.

Les enseignants et les au­teurs qui en font l'expérience le savent: rien ne vaut l'impact d'une rencontre et d'un échange en direct.

Quelle n'est pas la surprise des jeunes non-lecteurs, face à l'intérêt que leur porte l'écrivain ou l'illustrateur venu dialoguer dans leur classe! Quels que soient leur milieu social et leur filière éducative quand le travail est bien préparé par les enseignants ouverts sur le champ des compétences extérieures, le désir de transmettre ensemble porte ses fruits.

Surpris de rencontrer un auteur «encore vivant», les élèves sont valorisés et étonnés de voir qu'ils comprennent le langage qu'on leur tient. Quoi de plus efficace pour lutter contre la sourde humiliation de celui qui se croit inapte à partager avec les privilégiés du savoir?

Budgets en diminution et dif­ficultés comptables et admi­nistratives rencontrées par les structures invitantes pour rémunérer les auteurs, ces dernières années, le nombre d'ateliers de pratiques artistiques par la lecture et l'écrit dans l'enseignement primaire et secondaire a accusé une chute spectaculaire.

À l'heure où l'Éducation na­tionale annonce des initiatives pour développer une gamme d'outils incitatifs en faveur de la production de l'écrit à l'école, et au moment où Xavier Darcos met en place des tests d'utili­sation de lecteur numérique à encre électronique auprès de 1 500 élèves de sixième, en vue d'aboutir à des terminaux de ­lecture (e-books) adaptés aux collèges, nous sommes fondés à espérer une mobilisation des acteurs du livre en faveur de la découverte de la littérature vi­vante en zone d'éducation.

L'opération «À l'école des écrivains, des mots partagés», qui permet à trente et un col­lèges de travailler directement avec des écrivains, va dans le bon sens. Mais, pour que le nombre des «sacrifiés» se ré­duise, elle doit être l'amorce d'un plan d'action à l'échelle nationale.

 


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31.12.2007

la Confiance en soi de votre enfant

 

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 Recommandé par Le Figaro ce 31 décembre 2007

 

 

“J’suis moche, j’suis nul, j’y arrive pas…” Trop souvent nos ados se dévalorisent. Comment booster leur moral ? Les conseils du Dr Gisèle George, pédopsychiatre et auteur de la Confiance en soi de votre enfant (1).

Paru le 31.12.2007, par Sophie Carquain



VALORISEZ SES COMPÉTENCES

1. Le cahier de la réussite : au lieu de passer des heures à analyser une mauvaise note, essayez plutôt d’étudier avec votre ado comment il a pu en obtenir une bonne, comme ce 15/20 ou ce 16/20 (il avait bien lu l’énoncé, il avait bien dormi la veille, il n’a pas fait de faute d’étourderie…). Et consignez cela par écrit. Face à un mauvais résultat, adoptez la stratégie du vélo : ne pas s’appesantir et remonter en selle !





2. Parlez de vous et de vos propres difficultés : « C’est très décourageant d’avoir des parents qui sont des modèles parfaits », nous explique le Dr. Gisèle George.





3. Félicitez-le à bon escient : plutôt que de dire « Tu es génial mon chéri » (ce qui paradoxalement l’insécurise), soulignez plutôt une qualité précise qui le valorise.





4. Même stratégie pour vos critiques : préférez « Je n’aime pas te voir toujours devant la télé » à « Tu es feignant ».





5. Pour les devoirs : jouez le rôle de l’élève, et lui celui du prof. « Pourquoi es-tu passé de cette étape à telle autre ? ». « Peux-tu me rappeler la bataille de la Marne ? J’ai oublié. » N’hésitez pas à lui faire remarquer que son cours d’histoire sur le bilan de la Première Guerre mondiale est passionnant.





6. Sortez du cycle des reproches qui ont tendance à saborder l’estime de soi des parents comme celle des enfants. Créez un tableau et installez-le dans sa chambre : inscrivez-y une liste d’activités génératrices de conflits (faire son lit, se lever à l’heure le matin, obéir sans vous obliger à monter le ton, mettre le couvert, faire ses devoirs à l’heure…) et faites une croix sur ce qui a été correctement réalisé. Au nombre de croix obtenu correspondra une récompense (sortie plus tardive, rallonge de jeux d’ordi, etc.). Ainsi, vous pourrez améliorer l’ambiance à la maison, et vous lui donnerez également l’occasion d’être content de lui !





(1) Aux éditions Odile Jacob.



POURQUOI CE DÉFICIT MORAL ?

l Il est normal, l’adolescence inaugure la remise en question de compétences, le corps change de mois en mois, et les ados sont en « panne de moteur » à la sortie de l’enfance. l Il s’accentue dans une société de performance, devenue hyper exigeante, et nombre d’ados ne se sentent plus à la hauteur.




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08.11.2007

Yakoutie

Signalé , vu l'urgence

 

Conférence de l'UNESCO sur l'éducation des peuples nomades en Iakoutie



07/11/2007 14:40 IAKOUTSK, 7 novembre - RIA Novosti. Une conférence internationale de l'UNESCO intitulée "Education pour tous, développement de l'éducation des peuples nomades" aura lieu du 12 au 15 novembre à Iakoutsk, a indiqué à RIA Novosti un représentant du ministère de l'Education de cette république de Sibérie orientale.



"Cette conférence est organisée par le bureau de l'UNESCO à Moscou et le ministère de l'Education de la république de Sakha (Iakoutie)", a-t-il déclaré.



Selon lui, cet évènement s'inscrit dans le cadre du projet commun de "Développement de l'instruction primaire chez les enfants des peuples nomades du nord de la république de Sakha".



Des experts de l'UNESCO venus de Norvège, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de Mongolie participeront à cette conférence.



"La Russie sera représentée par la Iakoutie, la région de l'Amour, les territoires de Khabarovsk et de Krasnoïarsk, le district autonome des Khantys-Mansis, les villes de Moscou et de Saint-Pétersbourg", a précisé le représentant du ministère de l'Education.



Merci RIA Novosti  http://fr.rian.ru/russia/20071107/86962280.html 

26.10.2007

Choix de l'école & carte scolaire.

 Compte rendu de lecture   sur :  http://www.nonfiction.fr

L'école dans la ville : ségrégation, mixité, carte scolaire

Marco Oberti

Éditeur : Presses de Sciences Po


 

 

 

Marco Oberti resitue le débat sur le choix de l’école et la carte scolaire dans le contexte français de ségrégation urbaine et scolaire croissante.
Olivier Rey

La question de la réforme de la "carte scolaire" a constitué l’un des rares sujets éducatifs évoqués lors de la campagne présidentielle. Il aurait d’ailleurs pu susciter plus de débats, tant celui sur la carte scolaire amène avec lui la question de la mixité sociale à l’école. Force est de constater que le clivage entre les candidats n’a pourtant pas été si fort qu’on aurait pu le penser. Comme si les tenants de la régulation collective, vaguement honteux du bilan de la carte scolaire, s’accommodaient du libre choix prôné par les libéraux, moyennant quelques aménagements.


Le travail de M. Oberti permet opportunément de resituer à leur juste mesure les différents processus de ségrégation urbaine et scolaire à l’origine de ces questions. Le sociologue pointe en particulier la nécessité d’élargir une vision trop souvent limitée aux établissements populaires, pour prendre en compte le fait que les pratiques de clôture ségrégative sont encore plus fortes "en haut" de la hiérarchie scolaire. Il souligne que la question ne se résume pas à une seule crise de l’idéal méritocratique dans les écoles de banlieues pauvres, et que la responsabilité n’en incombe pas uniquement à des classes moyennes obstinées à fuir ces établissements. La spirale de différenciation qui s’est emparée de l’ensemble du système éducatif menace en fait l’idée même d’un "bien commun" éducatif et, par ricochet, la cohésion de la société.


La course à l’excellence, cause majeure de la scolarisation hors-commune

Les sociologues ont mis à jour dans les années 60 les inégalités éducatives liées aux inégalités sociales. Depuis quinze ans, c’est la logique de discrimination qui est de plus en plus ressentie. La concentration des classes populaires dans certains établissements amène en effet les élèves à vivre leur échec non plus comme une situation de désajustement par rapport aux normes scolaires, mais bien comme une action discriminante liée à leur origine sociale voire ethnique. Autrement dit, les échecs ne sont plus vécus comme le produit malheureux mais non-intentionnel d’un écart à la culture dominante, mais comme le fruit de stratégies assez systématiques pour écarter certaines catégories de la population des voies de la réussite scolaire et sociale.


Dans une première partie plutôt théorique et pas toujours très fluide, M. Oberti s’attache ainsi à retracer les évolutions parallèles, et plus rarement convergentes, de la sociologie urbaine et de la sociologie de l’éducation concernant la question spatiale. Dans les parties ultérieures, il précise et confronte ces théories aux résultats des enquêtes qu’il a menées dans le département des Hauts-de-Seine.

Ce département présente en effet de nombreuses situations contrastées, avec une extrême concentration de richesses et d’établissements scolaires publics et privés "d’excellence" dans certaines villes (Neuilly, Puteaux, Levallois, Sceaux, St Cloud…) d’un côté, et de l’autre des communes populaires qui comptent toujours des taux importants d’employés et ouvriers, de populations issues de l’immigration, d’écoles et collèges en ZEP-REP (Bagneux, Malakoff, Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers, Nanterre…). En outre, des quartiers socialement plus mélangés permettent de mieux approcher la question tant discutée des stratégies des classes moyennes, notamment dans les contextes de "gentrification", c’est-à-dire d’investissement de quartiers de tradition populaire par certaines classes moyennes

En centrant l’étude sur Rueil et Nanterre, l’auteur donne à voir les stratégies scolaires concrètes des différents groupes sociaux. A Rueil, commune bourgeoise, la scolarisation dans un collège en-dehors de la commune est modeste et surtout socialement peu différenciée.
A Nanterre, commune populaire, cette scolarisation hors-commune devient significative et fortement contrastée en fonction de la catégorie sociale : près de la moitié des enfants de classes supérieures est scolarisée dans un collège extérieur à la ville et près de 30% de ceux des catégories intermédiaires , contre 14% des employés et 8% des ouvriers. Fuite des familles aisées face à la mauvaise réputation des collèges de ZEP ? Pas forcément, puisque l’évitement des collèges de Nanterre concerne principalement les zones moins populaires à recrutement socialement mixte. C’est donc bien une volonté de maximiser la performance scolaire de leurs chérubins qui motive les classes moyennes et supérieures, plus que celle d’éviter les établissements de mauvaise réputation.
A Rueil, la concurrence s’organise dans la ville elle-même : prés de 35% des élèves au recrutement social le plus favorisé vont ailleurs que dans le collège public de leur secteur. Cette fuite, en majorité vers des établissements secondaires privés et très sélectifs, a peu à voir avec l’évitement des collèges "mal famés", vu l’homogénéité sociale de Rueil. Elle répond avant tout, là aussi, à une logique de recherche de l’excellence.



Ségrégation sociale et concurrence scolaire se tiennent la main

Marco Oberti tire finalement de ses enquêtes trois modèles idéal-typiques de rapports à l’école. Un premier modèle est caractérisé par une logique de performance, associée aux classes supérieures, qui optent pour des espaces résidentiels sélectifs et une recherche d’excellence scolaire, en ayant fréquemment recours au privé sélectif. Les entretiens réalisés avec des parents qui se rattachent à ce modèle montrent que pour eux la "bonne école" est à la fois une école performante mais aussi "bien fréquentée". Le choix scolaire est clairement un moyen d’effectuer un tri social. Cette vision reste individualiste ; l’école n’est qu’une ressource à optimiser dans un parcours tout entier tourné vers la réussite personnelle et professionnelle, sur un arrière fond de concurrence généralisée.


Le second modèle correspond à la logique d’intégration et de protection plutôt associée aux classes moyennes, qui habitent en majorité dans des espaces socialement mixtes et dont le souci est prioritairement d’assurer une scolarité "normale" à leurs enfants. La socialisation et l’épanouissement de l’enfant sont en effet des éléments qui sont pris en compte à côté de la performance scolaire. L’aspiration majoritaire des parents est plutôt de bénéficier de services éducatifs "dans la moyenne", sans forcément rechercher l’excellence, mais avec le souci que la scolarité ne soit troublée ni par des problèmes de sécurité ni par un environnement éducatif dégradé.


Le troisième modèle renvoie à une logique de retrait, associée à la frange la plus précaire des classes populaires, qui se caractérise par une forte distance au monde scolaire, et qui est finalement la seule catégorie pour qui la carte scolaire apparaît réellement contraignante.

On voit donc que c’est aux deux extrêmes de la société que les dynamiques ségrégatives sont les plus fortes. D’un côté, les catégories sociales supérieures sont à la fois les plus ségrégées dans l’espace urbain et les plus concernées par la scolarisation hors-commune. De l’autre côté, les catégories populaires sont aussi fortement concentrées mais pratiquent peu l’évitement scolaire.

Du côté de l’offre scolaire, c’est la logique de concurrence qui tend à prévaloir, avec des phénomènes de diversification qui contribuent à hiérarchiser les établissements. Plus le profil social de l’établissement est élevé, plus on constate la présence de classes préparatoires aux grandes écoles, de langues rares, de sections internationales et autres options attractives pour les couches sociales favorisées.
Quant au privé, son offre scolaire d’excellence coïncide avec celle du public, et ce généralement dans les communes les plus favorisées : le privé ne compense pas les déséquilibres mais les renforce en créant une émulation sélective avec le public.
Au final, si l’on prend l’exemple des collèges, les établissements scolaires ne sont donc pas le simple reflet de leur environnement : qu’ils soient attractifs ou stigmatisés, ils sont plus ségrégés que les secteurs de recrutement eux-mêmes !


Une vraie demande de qualité éducative standard

Pourquoi alors le débat sur la ségrégation urbaine et scolaire se concentre-t-elle sur les classes moyennes accusées de chercher à se distancier des classes populaires ? Sans doute parce que la formation de mondes sociaux cloisonnés est perçue comme un péril pour la cohésion sociale, répond M. Oberti. "Cette injonction à davantage de mixité, toujours pensée en termes de mélange entre classes moyennes et classes populaires, ne constitue-t-elle pas la voie privilégiée de recherche de cette cohésion sociale dont une frange importante des classes supérieures, et tout particulièrement l'élite politique, ne cesse de rappeler les vertus tout en s'en affranchissant ?"


Ces classes moyennes sont mises en accusation au moment même où leurs marges de manœuvre se réduisent du fait du durcissement du jeu social par les classes supérieures : il est de plus en plus difficile aussi bien d’aller se loger dans les beaux quartiers que de forcer la porte des "meilleurs" établissements scolaires.


La vision polarisée des métropoles et de leurs banlieues s’est imposée comme l’image dominante, bien que déformée, de la réalité urbaine, avec des effets d’emballement quant à la peur du déclassement associé à la cohabitation avec les classes populaires et les immigrés. L’enquête qualitative d’Oberti montre à ce sujet qu’une large frange des classes moyennes ne rejette pas la mixité sociale et serait prête à jouer le jeu d’établissements "normaux", si tant est qu’une sorte de qualité éducative minimum soit garantie partout.

Ce n’est pourtant pas la voie que semblent prendre les politiques publiques en France. En réduisant la crise de l’école aux difficultés des établissements des quartiers difficiles, on répond en terme de création de filières d’excellence, soit en implantant des filières prestigieuses en banlieues populaires, soit en favorisant l’accès aux grandes écoles à quelques banlieusards méritants. Oberti remarque en l’occurrence que le souci de diversification de l’élite, si prisé actuellement, n’a pas grand chose à voir avec l’exigence de garantir une égalité des chances scolaires pour tous, dans un souci de mixité sociale plus large.


Dans ce contexte, une réforme de la carte scolaire qui respecterait un véritable objectif de mixité imposerait d’abord de proposer une offre scolaire homogène au niveau du collège (bien loin de la remise en cause du "collège unique"), de redéfinir les secteurs scolaires par bassins plutôt que par communes et d'organiser la mobilité de façon à ce qu’elle ne soit pas réservée à certains groupes sociaux. Enfin, elle supposerait l'implication de l’enseignement privé dans la négociation. Il s’agit là, à l’évidence, de choix politiques majeurs qui ont peu à avoir avec la réforme de "bon sens" à laquelle on ramène parfois la réforme de la carte scolaire…