18.01.2008

Poids des cartables

C'est au BOEN du jour  18 janvier 2008

 

Encart 
 

Poids des cartables
C. n° 2008-002 du 11-1-2008
NOR : MENE0701925C
RLR : 505-7
DGESCO B3-1
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Texte adressé aux rectrices et recteurs d’académie ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, directrices et directeurs des services départementaux de l’éducation nationale ; aux chefs d’établissement

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 Le poids du cartable est une question de santé publique pour nos enfants : je souhaite que les établissements scolaires s’emparent de cette question, dès à présent, dans le cadre de la prévention du mal de dos en milieu scolaire.
Au vu des pesées réalisées en ce début d’année scolaire, le poids moyen d’un cartable est encore de 8,5 kilos, ce qui correspond à environ 20 % du poids de l’enfant.
Le problème, du port de charge excessif, touche en priorité les jeunes collégiens des classes de 6ème et 5ème qui ont davantage de matière s enseignées que les élèves de l’école primaire et qui, en plus du transport scolaire, doivent se déplacer de salle en salle entre deux cours.
C’est pourquoi je vous demande d’agir de façon pragmatique et de trouver sans délai des solutions concrètes afin de diviser, sous brève échéance, le poids du cartable par deux. Elles concernent l’organisation des établissements scolaires, en lien notamment avec les collectivités locales, l’implication des enseignants et des parents, l’accompagnement des élèves.
Par ailleurs, d’autres dispositions seront prises pour la rentrée 2008, en concertation avec les partenaires de l’éducation nationale que sont les éditeurs scolaires, les entreprises de la grande distribution et celles qui travaillent sur les nouvelles technologies.

1 - Une réflexion immédiate dans les établissements
Chaque établissement doit se mobiliser pour trouver les solutions les mieux adaptées à son environnement. Le conseil d’administration doit, d’ici la fin du 1er trimestre 2008, aborder la question du poids du cartable et des fournitures scolaires en prenant appui sur les propositions du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC).
Cette réflexion doit permettre :
• d’agir sur l’organisation de la journée de l’élève par :
- la désignation, dans la mesure du possible, d’une salle de référence pour que les élèves de collèges limitent leurs déplacements au sein de l’établissement ;
- l’équilibrage des emplois du temps, en priorité pour les classes de 6ème et de 5ème ;
- la mise en place de casiers fermés, lorsque c’est réalisable, en lien avec les collectivités locales.
• d’impliquer les enseignants en leur demandant :
- de limiter le nombre de fournitures pour chaque cours. À cette fin, une liste commune à l’ensemble des enseignements pourra être élaborée et diffusée ;
- de supprimer le recours aux classeurs rigides qui seront conservés à la maison et remplacés en classe par une chemise ou un classeur souple. De la même manière, les enseignants favori seront l’utilisation des cahiers de 96 pages au lieu des cahiers de 192 pages, ainsi que les petits formats au “24x32” ;
- de préciser, pour chaque cours, le matériel qu’il convient d’apporter en donnant aux élèves, particulièrement aux classes de 6ème et 5ème, des conseils sur l’organisation des contenus de leurs cartables en indiquant par exemple le matériel à apporter pour le cours suivant, au moment de la distribution des devoirs. Le professeur principal, en début d’année de 6ème, devra consacrer, dans le cadre de l’apprentissage des méthodes de travail, un temps dédié à l’organisation du contenu du cartable.
À l’avenir, l’acquisition de ces méthodes et organisation de travail de l’élève sera envisagée dès l’école élémentaire.
• d’informer les parents sur les nouvelles mesures mises en place. Il convient de les alerter sur leur rôle essentiel dans la préparation du cartable de leur enfant, par l’intermédiaire du carnet de correspondance et en s’appuyant sur les délégués de parents.
Cette réflexion permettra de prendre les premières mesures dès cette année et garantira la mise en place de l’ensemble du dispositif à la rentrée 2008.

2 - Dès la rentrée 2008 des mesures nouvelles
2.1 Une démarche d’éducation aux bonnes postures
Un guide sur “l’ergonomie à l’école” sera diffusé à l’occasion de la journée de prérentrée 2008, pour les enseignants, et de la journée d’accueil des parents, pour les familles. Par ailleurs, les professeurs d’EPS devront intégrer, dans leur enseignement, une éducation à la “posture à l’école”.
2.2 Des dispositions concertées avec les partenaires
Elles seront mises en place, en concertation avec :
- la grande distribution qui proposera, dans la liste des produits à prix coûtant, un cartable solide et léger dont le poids sera inférieur à 1kg ;
- les éditeurs : les nouveaux manuels feront obligatoirement mention de leur poids et du grammage du papier au dos du fascicule, ce qui donnera aux enseignants et aux familles toute l’information nécessaire au choix du manuel le plus respectueux de la santé des enfants. De nouveaux formats seront proposés à l’occasion du renouvellement de chaque manuel scolaire, avec la division des ouvrages en deux tomes ou en fascicules. Le poids de chaque manuel devra être porté sur les catalogues des éditeurs et figurer parmi les éléments pris en compte lors de la sélection des manuels par les enseignants, et, le cas échéant, lors des appels d’offres relatifs au renouvellement des manuels scolaires.
À l’occasion du renouvellement du mobilier scolaire ou du premier équipement des établissements, l’acquisition de mobilier ergonomique sera notamment recommandée.
2.3 L’expérimentation de nouveaux formats
- L’utilisation de nouveaux supports, qui dispensent de l’utilisation d’un manuel papier, tout en assurant la meilleure prestation pédagogique, sera favorisée. Au sein de la classe le recours aux tableaux blancs interactifs et de vidéo-projection des manuels scolaires sera recommandé.
- L’utilisation du numérique, qui permet d’avoir des supports de qualité, légers, avec une mise à jour rapide et efficace, sera encouragée. Cinquante classes de 6ème vont expérimenter l’e-book, livre numérique qui cumule sur un seul support de moins de 300 grammes l’ensemble des manuels d’un niveau scolaire.
D’autres usages seront étudiés : le format CD-ROM ou le baladeur numérique.
Cette expérimentation à grande échelle permettra d’accélérer l’innovation industrielle au service de l’éducation, de favoriser l’utilisation des TICE dans un contexte pédagogique et de faciliter la mise à jour des manuels en conformité avec les programmes.
Quelque soit l’évolution de l’outil pédagogique utilisé, les mesures locales résultant de cette réflexion doivent avoir pour objectif de réduire le poids des cartables de 50%.
Je sais pouvoir compter sur votre plein engagement dans cette démarche d’éducation et de santé publique et vous en remercie.

Le ministre de l’éducation nationale
Xavier DARCOS

Concours “Un cartable léger et solide”

Le poids des cartables représente aujourd’hui environ 20 % du poids de l’élève. Il est donc en moyenne deux fois trop élevé.
Il importe maintenant d’agir de façon pragmatique et de donner sans délai des solutions concrètes. Outre l’organisation des établis sements scolaires, en lien notamment avec les collectivités locales, l’implication des enseignants et des parents, l’accompagnement des élèves, il faut réduire le poids du cartable.
Tel est l’objet de ce concours, pour la conception d’un cartable léger et solide qui favorise l’innovation dans le cadre d’une double démarche d’éducation et de santé publique.
Ce concours s’adresse à :
- des équipes de jeunes - élèves, étudiants, apprentis - en formation initiale dans un établissement de France métropolitaine, des départements et territoires d’outre-mer. Il vise principalement les formations des filières industrielles, commerciales et des arts appliqués ;
- des candidats individuels, adultes ne relevant pas d’un établissement de formation.

Règlement du concours

Monsieur Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale, a annoncé dans la conférence de presse du mardi 24 octobre, relative au poids du cartable, l’organisation d’un concours pour concevoir un cartable léger et solide de moins de 1 kg.
Article 1 - Objectifs du concours
Ce concours a pour objectifs :
- de contribuer à la mise en place d’un projet de prévention relatif à la lutte contre le mal de dos ;
- de favoriser l’innovation par la conception de cartables adaptés à l’âge, au poids et à la morphologie des écoliers et des collégiens ;
- de conduire éventuellement au dépôt du modèle auprès de l’Institut national de la propriété industrielle.
Article 2 - Cahier des charges du cartable
La conception et la réalisation du cartable léger et solide doivent prendre en compte les critères ou caractéristiques techniques suivants :
- adapté au niveau d’enseignement ;
- adapté à l’âge de l’élève ;
- de poids inférieur à 1 kg ;
- robuste, résistant aux chocs, au frottement, au stockage ;
- d’usage pratique et de manipulation aisée ;
- design moderne et adapté (filles, garçons...) ;
- matériaux privilégiant une logique de développement durable.
Article 3 - Définition du concours
Ce concours s’adresse à :
- des équipes de jeunes - élèves, étudiants, apprentis - en formation initiale dans un établissement de France métropolitaine, des départements et territoires d’outre-mer. Il vise principalement les formations des filières industrielles, commerciales et des arts appliqués ;
- des candidats individuels, adultes ne relevant pas d’un établissement de formation.
Organisé sur l’année civile 2008, il se conclura par un événement national et une remise de prix.
Les candidats sont invités à concevoir et réaliser un cartable pour l’un des deux niveaux d’enseignements suivants :
- école élémentaire ;
- collège.
• En ce qui concerne les jeunes en formation :
- les projets seront réalisés par un ou des groupe(s) (élèves, étudiants, apprentis) ;
- plusieurs équipes peuvent concourir au sein d’un même établissement ;
- pour un même projet, des collaborations peuvent être engagées entre des formations de niveaux, de spécialités et d’établissements différents. Ces collaborations peuvent être justifiées par des problématiques liées au choix et à la mise en forme des matériaux, à l’étude et à la fabrication ;
- la réalisation matérielle du produit, le choix des couleurs, des matériaux, du design, des techniques de fabrication sont laissés à l’initiative des équipes ;
- la conception du produit devra être le fruit du travail mené par l’équipe de jeunes. Seule la réalisation du produit pourra être le fruit d’une collaboration avec des professionnels de l’artisanat, de l’industrie ou du commerce.
• En ce qui concerne les candidats individuels :
- la conception du produit devra être le fruit du travail mené par le candidat. Seule la réalisation du produit pourra être le fruit d’une collaboration avec des professionnels de l’artisanat, de l’industrie ou du commerce.
Éléments attendus
- une production finalisée qui répond aux critères et caractéristiques techniques du cartable ;
- un dossier synthétique pouvant comprendre :
. la recherche graphique et stylistique ;
. la justification des choix : des matériaux, des parties constitutives du cartable en fonction de leur utilisation, des techniques de fabrication ;
. une étude de faisabilité en termes d’industrialisation et de commercialisation ;
. les partenariats mis en œuvre et la description de la contribution des partenaires ;
. une brève présentation des membres de l’équipe concourante, la nature de la contribution de chacun et la démarche utilisée de la conception à la fabrication.
La collaboration entre les acteurs de l’éducation et les partenaires industriels sera appréciée.
Seules les réalisations finalisées et respectant le cahier des charges seront soumises au jury.
Article 4 - Organisation du concours
Modalités d’inscription et de participation
Dès l’ouverture du concours, les équipes et candidats individuels font acte de candidature.
- Jeunes en formation : la fiche d’inscription, dont le modèle est joint en annexe I, est transmise par le chef d’établissement.
- Candidats individuels : le candidat renseigne la fiche d’inscription dont le modèle est joint en annexe II.
Les fiches d’inscriptions sont téléchargeables sur le site du ministère de l’éducation nationale à l’adresse suivante http://www.education.gouv.fr/concourscartable/
Une fois complétées, elles seront adressées par courrier électronique au correspondant indiqué sur la fiche d’inscription.
Jury
Les membres du jury sont nommés par le ministre de l’éducation nationale.
Le jury sera composé :
- de professionnels du secteur concerné ;
- de représentants de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur ;
- de représentants des parents d’élèves ;
- de personnalités qualifiées.
Le jury établit le classement des lauréats pour la remise des prix.
Calendrier
- les inscriptions au concours sont ouvertes jusqu’au 29 février 2008 (annexe I ou II) ;
- les dossiers et les réalisations seront transmis à la DGESCO au plus tard le 5 décembre 2008 ;
- la remise des prix s’effectuera en janvier 2009.
Article 5 - Récompenses
Les prix seront les suivants :
- le premier prix, d’un montant de 15 000 euros sera attribué à la production la plus remarquable pouvant faire l’objet d’une industrialisation ;
- le deuxième prix, d’un montant de 10 000 euros récompensera l’innovation “matières, concept et couleurs”.
Les récompenses seront remises aux lauréats (établissements ou candidats individuels) lors d’une cérémonie organisée à Paris.
Article 6 - Engagement
Le prototype de cartable est réalisé à l’initiative de l’établissement, qui assure le regroupement des participants, dont les contributions se fondent dans l’œuvre finale. Le prototype est constitutif d’une œuvre collective et les droits moraux et patrimoniaux reviennent à l’établissement d’enseignement dont dépendent les élèves, étudiants ou apprentis.
Les candidats et les lauréats autorisent la publication de leurs coordonnées et la présentation synthétique de leur projet dans le cadre des actions d’information et de communication liées au concours.
La participation au concours implique l’acceptation du présent règlement, sans possibilité de réclamation quant aux résultats, qui ne peuvent donner lieu à contestation, le jury étant souverain. Les dossiers ne seront pas renvoyés aux candidats.


Et pour le concours , télécharger les fiches d'inscription :    Concours Cartable léger janvier 2008_MEN-annexe1.pdf

et   :   Concours Cartable léger_jv08_MEN_annexe2.pdf 

 

 


podcast
 

09.01.2008

Critères d’évaluation du ministre de l’Education Nationale Xavier Darcos

Merci   Emmanuel Davidenkoff - 9 janvier 2008 - France Info

Comme tous ses homologues du gouvernement, Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, va être évalué par François Fillon. Sur quoi devra-t-il rendre des comptes ? France Info s’est procuré des extraits de la grille d’évaluation…

Elle comportera une trentaine de critères.

Et ce qui est intéressant, ce sont les indicateurs retenus pour mesurer si les objectifs ont été atteints…

Puisque les objectifs, on les connaît.

Ils sont contenus dans la lettre de mission que Nicolas Sarkozy avait adressée à Xavier Darcos comme à tous les ministres en septembre (et dont la philosophie se trouve aussi dans sa Lettre aux éducateurs).

On peut en rappeler quelques uns : travailler plus pour gagner plus, accueillir les « orphelins de 16 heures », en finir avec la carte scolaire, améliorer l’orientation, donner plus de place au sport, améliorer l’apprentissage des langues vivantes, etc.

Concrètement, quels indicateurs sont retenus ?

Deux catégories.

La première est assez classique, ce sont des chiffres qui reflètent des réalités quantitatives : pour reprendre les mêmes exemples, pourcentage de collèges accueillant des « orphelins de 16 heures », pourcentage de boursiers demandeurs ayant bénéficié d’une dérogation à la carte scolaire, pourcentage de lycéens bénéficiant d’une information personnalisée sur l’orientation, nombre d’heures supplémentaires effectuées par les enseignants (ça, c’est pour « travailler plus pour gagner plus »)…

La deuxième catégorie touche aux résultats des élèves, et ça c’est une petite révolution.

Résultats aux évaluations en CE1 et en CM2 mais aussi résultats de la France dans les classements internationaux du type PISA – ce classement de l’OCDE dont la dernière livraison a été publiée en décembre et où la France a obtenu de moins bons résultats.

Alors évidemment ce type d’indicateur a ses effets pervers et on les connaît : il suffit de baisser les exigences pour les atteindre.

C’est tout le débat sur le niveau du bac, par exemple : on est passés de 30 à 65% d’une classe d’âge obtenant le bac entre 1985 et 1995, avec aujourd’hui des taux de réussite qui dépassent 80%… Il y a débat pour savoir si le niveau réel a été préservé ou s’il a été diminué pour atteindre ces chiffres.

Ce système d’évaluation, apparemment très objectif, a donc ses failles… du moins en tant que descripteur du réel. Mais en fait il sert surtout en interne : c’est à partir de ces indicateurs que le ministère mobilise son administration et tente d’entraîner des évolutions sur le terrain.

Au-delà de l’image « on évalue les ministres », assez vendeuse, il n’y a là rien que de très classique : c’est la logique de la Lolf ou de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) qui consiste à évaluer l’efficacité de l’action publique.

Et c’est évidemment une façon d’essayer de trouver des économies possibles : avec son 1,3 million de personnels, l’Education nationale, principal employeur du pays, est en première ligne quand on veut diminuer le nombre de fonctionnaires.




Archives de la chronique Education Info : le chemin de l’école

22.10.2007

Môquet L'excellent article citée par une de nos lectrices.

Guy Môquet : nouveau mythe historique
Ecrit par Alix Ducret
22-05-2007

Sur    :    http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com...

Guy Môquet (1924-1941).
Il y a peu, Monsieur Sarkozy, président nouvellement élu, a décidé qu’à chaque rentrée scolaire serait lue aux élèves de collège la dernière lettre de Guy Môquet, un jeune homme de 17 ans, fusillé en 1941.

Le but avoué de cette initiative : faire prendre conscience aux jeunes collégiens français de ce qu’est l’amour de la France ; un amour qui peut et qui a souvent conduit au sacrifice. L’intention est louable…

Sauf que ce fameux texte n’est rien de plus qu’une lettre d’adieu d’un fils à ses parents ; sauf que pas une fois, le jeune homme ne mentionne même la France ; sauf qu’il n’y a là aucun appel à la Résistance… E

t pour cause ! Guy Môquet, arrêté en octobre 1940, ne l’a pas été pour son activisme contre les Allemands ; il ne l’a pas été pour un quelconque acte résistance -à moins que l’on considère le fait d’avoir été fusillé comme tel !

C’est pour avoir collé des affiches communistes que ce jeune militant a été arrêté ; et c’est parce qu’un officier allemand avait été assassiné qu’il a ensuite été fusillé.

C’est bien triste mais ce fut le lot de nombre de Français… Quant à l’opportunité de porter au panthéon de l’histoire un militant communiste…


Lorsque ce fils de député communiste est arrêté, en octobre 1940, l’Allemagne hitlérienne et l’URSS sont alliées, complices même. Car si la signature du Pacte germano-soviétique (en août 1939) assure la paix à Hitler sur ses frontières de l’Est, lui laissant tout loisir d’envahir l’Ouest de l’Europe, le Protocole additionnel qui l’accompagne –il ne sera dévoilé qu’en 1945 après l’étude des archives de la Wilhelmstrasse- prévoit un véritable partage de l’Europe orientale.

La Pologne et les Etats baltes en feront d’ailleurs les frais les premiers…


Une voix officielle " douteuse "

Caricature dénonçant le Pacte germano-soviétique.Voir le site ...


Côté politique, la franche collusion entre les deux dictateurs allait déboucher, dès septembre 1939, par l’interdiction et la dissolution du Parti communiste français. Une dissolution avant tout officielle d’ailleurs, un Parti clandestin se constituant aussitôt. Ce faisant, le gouvernement Daladier ne faisait que répondre à la demande de l’opinion publique, presque unanimement dressée contre les nouveaux « camarades » d’Hitler. Etait-ce justifié ? Peut-on réellement croire qu’un accord, signé par le dirigeant de l’URSS, pouvait engager les communistes français ailleurs que dans la défense de leur patrie ? Il faut croire que oui, notamment à la lecture de l’Humanité –un journal qui, étonnement, reparaîtra officiellement entre 1940 et 1941, soit durant les premiers mois de l’Occupation allemande- ou à celle de nombreux tracts. Ces derniers, certes, sont des appels à la résistance, mais contre le gouvernement français, contre leurs complices « de la City et les 200 familles », bref, contre les capitalistes… Allant même plus loin, certains de ces tracts incitent clairement au sabotage. Ils durent avoir quelque écho, si l’on en croit les rapports publiés après-guerre (sabotage dans les usines de munitions, sur les véhicules militaires, retards de fabrication et de livraison…) Une véritable résistance passive… contre le gouvernement français ! Et l’offensive allemande contre la France, à partir de mai 1940, ne changera rien à l’affaire : le soi-disant appel, revendiqué par le PC après la guerre, est un mythe dénoncé par les historiens depuis longtemps !
A l’heure du choix

Affiche sur les martyrs de Châteaubriant, parmi lesquels Guy Môquet. Voir le site ...


On comprend donc la décision de Daladier concernant le Parti. Qui peut dire, par contre, la part de chaque militant communiste ? De la même façon que certains vont suivre aveuglément les directives du Parti, d’autres vont s’engager, dès le début, dans un effort de défense puis de résistance nationale. Mais qui peut dire que ce fut le cas de Guy Môquet ? Personne, certainement, pour la bonne et simple raison que toutes les actions du jeune homme ne concernent que le Parti communiste, la lutte contre le capitalisme et la défense du prolétariat. Nulle mention de patriotisme, de résistance, de défense nationale…

Au final, il est certain que son étiquette de communiste allait la desservir : lorsque Guy Môquet et ses camarades sont exécutés, en octobre 1941, cela fait juste six mois qu’Hitler a lancé l’opération Barbarossa contre l’URSS.

Une agression qui devait évidemment mettre fin à l’idylle germano-soviétique et classer les communistes au même rang que les autres opposants à l’Allemagne.


La France a ses martyrs ; l’histoire, parfois, a su en faire des héros. Mais les politiques n’ont jamais su créer autre chose que des mythes historiques et l’élévation du jeune Guy Môquet au rang de héros national est du nombre, au point qu’on ne saurait voir en lui qu’un nouveau Joseph Bara…

 

21.10.2007

La dernière lettre du jeune résistant Guy Môquet, fusillé à 17 ans en 1941.

Lors d'une cérémonie au Monument de la Cascade du Bois de Boulogne, Nicolas Sarkozy a annoncé que sa "première décision" de président sera de faire lire chaque année dans tous les lycées la dernière lettre du jeune résistant Guy Môquet, fusillé à 17 ans en 1941.


"Ma petite maman chérie,

mon tout petit frère adoré,

mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy

Dernières pensées : Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

20.10.2007

François Fillon honore lundi Guy Môquet avec des lycéens à Matignon



Dépêches de l'Education  Vendredi 19 octobre 2007


François Fillon honore lundi Guy Môquet avec des lycéens à Matignon

Le Premier ministre François Fillon recevra lundi matin des lycéens à Matignon où sera lue la lettre de Guy Môquet, jeune résistant fusillé par les nazis, dans le cadre de la journée d'hommage voulue par Nicolas Sarkozy, a annoncé vendredi Matignon.

De son côté, l'Elysée n'avait pas confirmé vendredi soir la venue du président de la République au lycée Carnot à Paris, où était scolarisé le jeune communiste. Des professeurs de cet établissement ont protesté contre une "tentative d'instrumentalisation de l'école". "Plusieurs hypothèses" sont envisagées, a indiqué la présidence.

Par volonté présidentielle, la lettre de Guy Môquet, adressée de sa prison à ses parents, avant d'être fusillé par l'occupant allemand, le 22 octobre 1941, doit être lue lundi à tous les lycéens des établissements publics et privés sous contrat.

Plusieurs membres du gouvernement assisteront à des manifestations au premier rang desquels le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, qui se rendra au lycée Bertran de Born à Périgueux, où il a fait ses études et où il lira lui-même la lettre du résistant.

La Garde des Sceaux Rachida Dati sera au collège Guy-Môquet à Villejuif (Val-de-Marne).

La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, se rendra à Caluire (Rhône) où le résistant Jean Moulin avait été arrêté.

La ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse ira à Versailles au lycée Marie-Curie.

Le secrétaire d'Etat à la Défense Alain Marleix se rendra lundi matin au Mont Valérien à Suresnes (Hauts-de-Seine) avec son collègue chargé des relations avec le Parlement Roger Karoutchi, selon un communiqué du ministère de la Défense. Doivent y assister des élèves du rectorat de Versailles, ainsi que du lycée Buffon de Paris.

M. Marleix se rendra à 17H00 à l'Arc de Triomphe pour raviver la Flamme du souvenir sur la tombe du soldat inconnu devant 350 élèves de la région parisienne.

La ministre du Logement et de la ville Christine Boutin a choisi le collège Jean-Jaurès de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) "pour y lire la lettre de Guy Môquet devant trente délégués de classe", ont indiqué ses services.

Mme Boutin "leur présentera une photo de classe de Guy Môquet au lycée Carnot, l'année 1938-1939, alors qu'il avait 14 ans, âge des collégiens de Montfermeil", précise le communiqué du ministère.

La secrétaire d'Etat à la Solidarité Valérie Létard se déplace au Mémorial de Caen où la lettre sera lue par une troupe de théâtre "en présence de 220 enfants et notamment d'enfants malentendants pour qui la lecture sera traduite en langage des signes".





19.10.2007

Guy Môquet

La lecture de la lettre de Guy Môquet divise les enseignants                  LE MONDE 19.10.07


Les professeurs n'aiment pas qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire dans leur classe. Surtout si l'injonction vient d'en haut. Ce fut le cas le 16 mai, quand Nicolas Sarkozy a décidé de "demander au futur ministre de l'éducation nationale que la lettre d'adieu de Guy Môquet soit lue en début d'année à tous les lycéens de France". Depuis, la lecture de la lettre, prévue lundi 22 octobre, est devenue un objet de division.

Le Parti communiste accuse la droite de "réviser l'histoire" du fait que l'engagement politique du jeune résistant dans ses rangs n'est jamais évoqué et a prévu, entre vendredi 19 octobre et lundi 22, de lui consacrer plusieurs hommages. M. Sarkozy envisage, lui, de se rendre lundi matin au lycée Carnot, à Paris, où fut scolarisé Guy Môquet. Mais l'Elysée n'a pas confirmé sa venue. Des enseignants récusent cette "cérémonie d'édification morale", rappelant que, selon la Lettre aux éducateurs que leur a adressée le chef de l'Etat, il convient de "laisser aux professeurs le libre choix de leur pédagogie."

Le monde enseignant avait d'abord réagi sans hostilité. Le symbole consistant à honorer un résistant communiste de 17 ans, assassiné en 1941 par l'occupant allemand avec 26 autres otages, semblait inattaquable. Le PCF avait "salué", par la voix de sa secrétaire nationale, Marie-George Buffet, la décision présidentielle. "Ce n'est pas condamnable, même si cela ne fait pas une politique éducative, avait commenté Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération syndicale d'enseignants. Evidemment, cela implique un travail pédagogique. Les valeurs, ce n'est pas seulement de la proclamation", avait-il ajouté.

Le ministre de l'éducation, Xavier Darcos, avait concrétisé l'engagement présidentiel par une "note de service" parue le 30 août au Bulletin officiel. Indiquant que le chef de l'Etat commémorera, le 22 octobre, le souvenir de Guy Môquet, de ses "compagnons d'infortune et de tous les autres fusillés", elle annonçait que le ministère de l'éducation "entend s'associer avec force" à cette commémoration.

Celle-ci commencera au cours de la matinée par la lecture de la lettre "en classe ou en grand groupe selon le choix des établissements". La lecture "pourra être confiée à tous ceux qui, résistants ou déportés, peuvent aujourd'hui encore témoigner directement des sacrifices consentis", précise la note, évoquant ainsi des pratiques banales lorsque les enseignants abordent cette période historique. La possibilité de "solliciter toute personnalité dont l'engagement, le rayonnement ou la notoriété pourraient sensibiliser les élèves" fait écho à un courrier adressé par M. Darcos aux parlementaires, les invitant à participer à la commémoration. Le ministre, enfin, tient compte des critiques émises sur la nécessité de dépasser l'aspect émotionnel. La note précise que "le programme se poursuivra par une réflexion collective dans le cadre de la classe" et que d'autres documents pourront être utilisés, choisis parmi dix textes proposés.

A la rentrée, le SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le secondaire, relaye les critiques contre "l'instrumentalisation politique de l'histoire par Nicolas Sarkozy" mais ne semble pas, alors, devoir se mobiliser contre cette initiative. M. Darcos pense donc avoir désamorcé la polémique.

C'était sans compter sur les excès de zèle.

L'entraîneur Bernard Laporte, le 7 septembre, avant le match de rugby France-Argentine, fait lire la lettre aux joueurs.

Dans le cadre scolaire, certains recteurs ou chefs d'établissement en rajoutent sur le solennel.

Au lycée du Tampon, à La Réunion, la date est décalée au 29 octobre et le programme prévoit : "Levée des couleurs ; hymne national ; lecture de la lettre de Nicolas Sarkozy ; intervention d'un représentant des anciens combattants ; lecture de la lettre de Guy Môquet ; minute de silence ; sonnerie aux morts ; chant des partisans"... Depuis, le proviseur a fait marche arrière, mais cet exemple extrême a eu un franc succès sur le Net.

"La grogne s'installe", peut constater Hubert Tison, secrétaire général de l'association des professeurs d'histoire-géographie. Le 3 octobre, le SNES appelle au "refus collectif" de lire la lettre. Depuis, la controverse enfle, alimentée par le débat sur l'usage des tests ADN en matière d'immigration et les affaires de sans-papiers, qui rendent plus délicat le maniement d'un symbole de la Résistance.



Luc Cédelle
Le Monde     20.10.07



 

La sagesse ?

Le ministre lit -il Libé ? 
 

Le pouvoir et l’histoire      Jacques Le Goff 
 
Libération vendredi 19 octobre 2007

Les sociétés humaines vivent de leur passé. Pour sauvegarder ce passé, elles ont deux instruments à leur disposition : la mémoire et l’histoire. La mémoire, où puise l’histoire qui l’alimente à son tour, ne cherche à sauver le passé que pour servir au présent et à l’avenir. L’histoire est une mise en forme tendant à la rationalité et à la vérité du passé. En Occident, elle est née dans la Grèce antique, et on lui donne Hérodote pour père. Mais elle a une seconde source, la Bible, dont un horizon est de raconter l’histoire de la création divine, son développement dans le temps.

Le XIXe siècle a introduit l’histoire partout. Elle est devenue une matière d’enseignement à l’école et à l’université. Elle a acquis ses spécialistes, les historiens et les professeurs d’histoire, formés selon des méthodes «scientifiques» et s’efforçant, malgré les difficultés, à l’objectivité et à la recherche de la vérité. A leurs côtés, les sociétés occidentales ont toléré des historiens amateurs plus ou moins proches des romanciers historiques ; ces historiens «non scientifiques» ne font que témoigner de la diffusion sociale du goût pour l’histoire.

Le pouvoir politique a été tenu à l’écart de la constitution de cette histoire et de la mémoire qui en découlait, réservée à des professionnels. Les sociétés n’acceptèrent que l’instauration d’une fête nationale liée à la promotion de la nation comme institution intégratrice et l’érection de monuments du souvenir, au premier rang desquels les monuments aux morts des deux guerres mondiales.

Le chaotique et tragique XXe siècle vint bouleverser ces cadres de la mémoire et attaquer le monopole des historiens. Des événements à forte résonance mémorielle comme la Shoah, la colonisation et la décolonisation, la multiplication des massacres collectifs, la flambée des racismes firent sortir de ses gonds l’histoire des historiens. Ce franchissement de la frontière de la mémoire et de l’histoire justifia les interventions du pouvoir politique qui, réagissant contre les maltraitances de l’histoire par le nazisme, le fascisme et le soviétisme, entreprit de légiférer. Un devoir de mémoire envahissant le champ de l’histoire entraîna la pénalisation de véritables crimes de l’oubli. Le négationnisme, l’apologie de la colonisation doivent être condamnés et combattus. Mais faut-il des lois ? Les lois Gayssot et Taubira sont-elles un bon exemple ? En décembre 2005, une association pour la liberté de l’histoire s’est fondée sous la présidence de René Rémond, auquel a succédé Pierre Nora. Une nouvelle intervention du pouvoir rallume aujourd’hui la querelle : la lecture dans les écoles, demandée par le président de la République, de la lettre d’adieu à ses parents écrite par Guy Môquet le 22 octobre 1941, avant d’être fusillé.

Cet acte est typique du sarkozysme : il allie la volonté d’intervenir dans tous les domaines de la vie des Français et l’introduction de la confusion dans le rappel louable de la Résistance à travers un document personnel émanant d’un jeune membre du Parti communiste, qui n’est pas en cause dans cette lettre.
 
S’il y a une vertu française, c’est celle de la clarté, ne pas tout mélanger.
Le Président est le champion du micmac.
La clarté s’impose dans le domaine de la mémoire et de l’histoire.
Laissons aux historiens le soin d’établir les faits.
Et, si une situation historique est complexe, si une mémoire est tourmentée, laissons aux citoyens le soin de se faire une opinion en fonction des informations.
A charge pour les médias de fournir les informations solides qui leur permettent de se décider.
Ici aussi, comme le titrait le nouveau Libération mardi, les Français veulent des médias indépendants.



http://www.liberation.fr/actualite/societe/285923.FR.php
 
Merci Jacques Le Goff et merci Libération

17.10.2007

Hommage à Guy Môquet: le PCF dénonce une volonté de "révision de l'histoire"

Dépêches de l'Education
du Mardi 16 octobre 2007

 

Hommage à Guy Môquet: le PCF dénonce une volonté de "révision de l'histoire"

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, a dénoncé mardi une volonté de Nicolas Sarkozy et de la droite de "réviser l'histoire" en "taisant l'engagement communiste" de Guy Môquet.

"Nous ne souhaitons alimenter aucune polémique", a affirmé à l'AFP le porte-parole du Parti communiste français.

Mais, souligne-t-il, "dans sa volonté de toujours brouiller les valeurs, les repères et l'histoire", Nicolas Sarkozy a pris, dès après son élection l'initiative de rendre hommage au jeune résistant fusillé par les nazis le 22 octobre 1941, mais "n'a bien sûr pas précisé qu'il s'agissait d'un jeune résistant communiste". "Il ne nous rend pas sa mémoire en taisant son engagement politique".

M. Dartigolles relève aussi que dans la circulaire décrétant le 22 octobre journée de commémoration de la mort de Guy Môquet, "ne figure à aucun moment la précision de son appartenance politique à la jeunesse communiste".

"Tout cela est une révision de l'histoire", souligne-t-il.

Le porte-parole reproche aussi au ministre de l'Education Xavier Darcos de procéder dans sa note aux recteurs à "une bien misérable réécriture de l'histoire", en "transformant les militants communistes en +compagnons+".

"Cette misérable polémique ne grandit pas ceux qui s'acharnent à réviser l'histoire de France en bafouant la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour un idéal de justice et de paix", ajoute le porte-parole dans un communiqué.

"L'hommage que rend traditionnellement le PCF aux 27 fusillés de Châteaubriant - tous communistes- prend cette année un relief particulier", souligne M. Dartigolles.

Le PCF organise avec notamment la GGT et les jeunesses communistes un rassemblement le 22 octobre au Métro Guy Môquet, au cours duquel sa secrétaire nationale Marie-George Buffet prendra la parole.




06.10.2007

Pour les curieux : Darcos en 2003

    Vous trouverez l'intégralité de l'entretien sur :

http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/educationnatio...

 

Mais le point de vue du Secrétaire d'état en 2003 ...;parle  du Ministre en 2007

 

 De plus en plus d'enseignants prennent la parole, non pour critiquer leur ministère ou revendiquer, mais pour décrire la réalité. Le succès de librairie de Collèges de France (Fayard), de Mara Goyet, main courante de la dégradation quotidienne du métier d'enseignant, est symptomatique de cette intervention de la base. Que pensez-vous de ces témoignages, qui troublent l'habituelle cogestion entre ministère et syndicats? 

Xavier Darcos:

Il y a bien eu une prise de parole de la base, qui peut prendre à contre-pied un peu tout le monde, sauf sur un point, la demande de moyens.

Cette prise de parole transcende les clivages politiques traditionnels et les questions abordées sont très concrètes, pragmatiques. Elles ne correspondent pas forcément au discours officiel des syndicats.

Tout cela reflète un profond malaise, mais surtout une grande inquiétude. Le corps enseignant a besoin de retrouver confiance en lui-même.

On constate par ailleurs que ceux qui sont en fin de carrière, à partir de 55 ans, en ont assez, sont fatigués et n'ont plus qu'un rêve: partir, ou trouver un poste moins exposé. 

 

La nouveauté, précisément, c'est que ces témoignages d'enseignants ne demandent rien, mais décrivent ce qui se passe dans certaines salles de classe et montrent qu'il y a parfois une impossibilité d'enseigner. A leur manière, ils font le bilan que syndicats et experts n'ont pas fait, pas plus que les politiques, puisqu'il n'y a pas eu, à l'Assemblée nationale, de débat sur l'éducation depuis 1989.



X. D. : Oui, les professeurs nous parlent du réel. Peut-être avons-nous été - tous au ministère - hauts fonctionnaires et ministres, mais aussi toute la société civile, un peu dans la dénégation de la réalité. Et, dans une certaine mesure, la réalité a fini par nous sauter à la figure. Nous découvrons, plus encore que nous ne le croyions, que le métier d'enseignant est devenu parfois difficile à vivre. Or ce vécu difficile des professeurs a des effets sur la gestion, y compris sur la gestion de nos carrières. Par exemple, une femme professeur des écoles à Nice ne prendra pas aujourd'hui le risque de passer le Capes, ce qui pourrait la faire partir vers une des académies à problèmes. Car, aujourd'hui, 70% des premières affectations se font dans les académies difficiles.



Pour moi, ces témoignages sont positifs, car ils révèlent un besoin de débattre d'éducation sans idéologie.

Il y a 60 millions de spécialistes de l'école en France. Tout le monde a quelque chose à en dire: il faut donc débattre. En posant des questions très simples.

Je vais en donner un exemple. Les élus locaux sont confrontés à la question de la scolarisation à 2 ans et j'entends: «Il n'y a que 34% d'élèves scolarisés à 2 ans, il faut progresser.» On peut, bien sûr! Mais j'aimerais qu'on puisse parler clairement et faire entendre des arguments pour et contre la scolarisation à 2 ans, puis dire: «Finalement vous avez à choisir: soit on généralise la scolarisation à 2 ans, ce qui veut dire que l'on fait fermer toutes les crèches de toutes les communes, soit on arrête, on recommence la scolarisation à 3 ans et tous les emplois qu'on récupère sont affectés au dédoublement des grandes sections de maternelle et du cours préparatoire.» Qu'en pensent les Français? On ne leur pose jamais de telles questions, parce qu'on les considère comme taboues!

 

X. D. : Il est clair que le système est de plus en plus injuste: ceux qui sont dans des situations sociales difficiles plongent de plus en plus et les enfants de ceux que l'on appelle à tort ou à raison les élites s'en tirent de mieux en mieux. Plus le système est complexe, plus les itinéraires sont diversifiés, plus il faut avoir les clefs pour choisir la bonne option... Donc il y a une sorte de délit d'initié permanent de la part d'une catégorie sociale. Aujourd'hui, le meilleur critère de réussite scolaire, c'est d'avoir une maman qui a fait des études et qui s'occupe de vous. Mais je ne voudrais pas qu'on dise que ça ne bénéficie qu'aux professeurs!

Une école juste, ce n'est pas une école où, partout, on fait des paquets de 25 élèves devant lesquels on met un professeur. C'est une école capable de dire: ici, pour un cours commun d'histoire-géo, on va mettre 200 élèves de terminale dans un amphi, parce qu'il suffit de prendre des notes, et ailleurs, à Aubervilliers ou à Asnières, il faut des classes de 10 ou 8 élèves.

Il faut permettre à des élèves différents d'arriver, à des rythmes différents, sur la même ligne finale. L'itinéraire peut être diversifié. Cela demande une révolution interne très lourde à conduire, mais qui doit être notre but commun.

 

 

X. D. : L'alternative école ouverte-école fermée est très complexe. Si l'on parle d'une école ouverte qui utilise les ressources de son environnement, de l'entrée dans les conseils d'administration ou les conseils d'école de personnalités qui s'intéressent à la culture ou à la vie de la cité, je suis pour…

 

X. D. : Je ne crois pas qu'il faille faire le procès de telle ou telle composante de la communauté éducative. La vérité, c'est que tout le monde attend des mesures et qu'il faut avoir le courage de les prendre. J'ai réussi, contre des avis unanimes, à donner aux proviseurs l'autorisation d'exclure un élève majeur. Je demande que les chefs d'établissement aient un véritable pouvoir sur leurs équipes, ce qui supposerait aussi que l'on trouve plus de candidats chefs d'établissement de grande qualité et qu'ils soient très bien payés.

Il faut revaloriser d'une manière générale la fonction d'encadrement.

En gros, l'encadrement chez nous, c'est 1 pour 500 professeurs. Ce n'est pas assez. Quant à l'autorité du chef d'établissement, il faut l'instaurer et non pas la restaurer. Il y a, aujourd'hui, des élèves exclus pour des actes graves qui font des recours, arrivent avec un avocat, et les professeurs qu'ils ont insultés ou agressés, comme le chef d'établissement qui les a exclus, doivent s'incliner pour vice de forme...

 

X. D. : Il faut se remettre d'accord sur ce qu'est l'autorité. C'est pourquoi nous sommes en train de rédiger un livret dans lequel les droits et devoirs de chacun seront clairement fixés, où les relations d'adulte à élève seront évoquées. Nous allons demander à tous les élèves qui entrent dans un établissement de bien vouloir le lire et le signer en présence des parents. Mais cela exige que les professeurs acceptent d'incarner l'autorité, rompant avec la «pensée 68», et que nous sachions accompagner les jeunes professeurs qui arrivent, parce que c'est avec eux qu'il faut travailler maintenant.

X. D. : L'idéologie selon laquelle l'enfant est le constructeur de sa propre formation, avec le principe de plaisir pour moteur, est une idéologie qui a fait son temps.

L'idée que le maître puisse dire à l'élève ce qui est bien pour lui ne me choque pas du tout. J'ajoute qu'il est indispensable de passer par l'effort, et que l'effort ennuie parfois, pour réussir.

Lorsqu'on voit des élèves étrangers arrivant en France, ils sont comme devant un arbre de Noël: ils découvrent des classes merveilleusement équipées, des salles de sport, des professeurs qui s'occupent d'eux, ils travaillent et aucun ne vient nous dire qu'il s'ennuie!

Lorsqu'on a ouvert le lycée de Kaboul, les petites Afghanes ne sont pas venues nous dire qu'elles s'ennuyaient à l'école! Elles ne se demandent pas si c'est toujours amusant d'apprendre, elles trouvent d'abord que c'est formidable! L'ennui à l'école, c'est une question de pays riches et gâtés. Leur message est à méditer!